Monsieur le Président de l’Académie de Montauban,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Mesdames et Messieurs,
Aujourd’hui, Lauzerte se trouve honorée d’accueillir l’Académie de Montauban qui a choisi notre cité et son canton pour cadre de sa séance foraine annuelle.
Monsieur le Président, l’Académie que vous présidez et qui a pour vocation l’étude et la diffusion des Arts, des Sciences et des Belles Lettres, ne pourra que se sentir « dans son jus » sur notre rocher « carsinol » chargé d’histoire et imprégné d’art, ce lieu privilégié que nous voulons tout à la fois témoin de son passé, acteur du présent et bâtisseur d’avenir.
Passé, présent, avenir…
Une trilogie temporelle que votre société, Mesdames et Messieurs les Académiciens, explore par ses travaux depuis 90 ans sous son appellation actuelle d’Académie de Montauban, confirmée en 1920, mais en fait, historiquement active depuis la seconde moitié du XVIIème, à l’orée d’une foisonnante période de révolutions scientifiques, littéraires, artistiques et morales que l’on nomme le Siècle des Lumières et dont les grands principes humanistes sur lesquels prennent racines nos démocraties occidentales doivent rester au cœur de nos sociétés modernes où le «vivre ensemble» paraît si fragile.
Donc, pour cette séance dite foraine ce qui, étymologiquement parlant, signifie « hors les murs », votre Académie vient à la rencontre de ce public « carsinol » à la fois citoyen d’Occitanie et citoyen du monde. Par cette démarche « nomade », vous contribuez à la diffusion du savoir, promesse de plus de connaissances pour nous, ambition pédagogique pour vous, ce qui parmi vos nobles tâches demeure l’une des plus exaltantes… et je suis certain que sur ce point les professeurs émérites ici présents partagent ma réflexion.
J’ai dit citoyen occitan, citoyen du monde… Ce n’est pas par hasard ou facilité oratoire que je vous livre ainsi cette phrase car il me paraît qu’elle est au centre des conférences de ce jour, avec, si j’en reprends les intitulés : « Lauzerte et l’esprit carsinol » par le professeur émérite Norbert Sabatier… suivi de « Les livres peuvent-ils changer le monde ? » par la professeure émérite Andrée Chabrol-Vacquié.
Nous allons nous imprégner de vos travaux, qui, apparemment, je dis bien apparemment, traitent de deux sujets éloignés, l’un local, l’autre universel. Je ne vais pas vous inonder de citations mais quand même, je voudrais vous faire partager celle-ci d’un grand écrivain portugais aujourd’hui disparu, Miguel Torga. Il se plaisait à dire : « L’universel, c’est le local moins les murs ».
Il me semble que nous y sommes.
Lauzerte, à travers ses siècles d’histoire et ses générations de femmes et d’hommes qui l’ont façonnée, notre terroir du Quercy, et cet esprit « carsinol » dont j’ai hâte d’en découvrir par la voix du professeur Sabatier les grands traits qui le caractérisent. Tous ces éléments concrets, vivants, qui animent et nourrissent notre vie quotidienne, nos us et coutumes comme l’on disait jadis, sont les gènes de notre ancrage local. Nous devons en être fiers, les comprendre, les cultiver pour les préserver de l’oubli. Mais nous devons également et impérativement les intégrer dans cet universel auquel nous contribuons dans la chaîne de l’humanité, quelles que soient nos origines et nos différences.
Certes, Lauzerte n’est ni Toulouse ni Montauban, mais notre ville compte elle aussi ses « Illustres ». Qui sont musiciens, peintres, céramiste, historiens… Je n’en citerai qu’un, figure emblématique de notre village, le poète Pierre Sourbié. Tous profondément attachés à la pierre de nos murs lauzertins qui, peut-être…, inspire sans bruit l’une des composantes de l’esprit « carsinol ».
Mais, tous ces personnages n’ayant jamais renié leurs attaches et dont notre histoire locale est fière ont un point en commun : si leurs différentes œuvres demeurent c’est grâce à l’empreinte universelle qu’elles véhiculent, ce souffle de l’intelligence créative qui franchit le temps, les murs et les frontières.
L’universalité conquérante de l’esprit, qu’il soit originellement « carsinol » ou pas, ainsi que la circulation des idées, s’est concrétisée depuis les plus antiques civilisations par l’écrit et plus tard, à la naissance de l’imprimerie, par son support « voyageur » qu’est le livre.
Madame Chabrol-Vacquié, vous allez dans votre exposé nous éclairer sur « l’influence de certains événements littéraires sur l’évolution des mentalités, et plus précisément pour la période allant de 1975 à 2005 ». Trente années, récentes, si proches, et pourtant pouvant paraître déjà si lointaines tant l’actualité du monde, accélérée par les nouvelles technologies de l’information, semble dévorer notre espace temps et altérer la relation que nous avons vis-à-vis des événements, de leur compréhension et de leur exacte signification.
Je ne me risquerai pas à m’aventurer sur votre éminent domaine, madame la professeure, mais je suis persuadé que votre éclairage va nous prouver que dans le tourbillon médiatico-numérique qui nous pousse jusqu’au vertige, le livre demeure ce point d’ancrage, ce repère essentiel à la compréhension de l’évolution des sociétés, des villages, des régions et des nations, bref du monde que nous construisons tous ensemble.
Et aussi nous prouver que l’homme, par son esprit, son génie, ses idées, reste à travers ses écrits, ses livres qui circulent et nourrissent la pensée, le moteur du progrès de l’humanité… Même si ce progrès est trop souvent jalonné de souffrances et de tragédies inspirées par certains de ces mêmes écrits, la proche histoire de notre XXème siècle est là pour nous le rappeler.
Mais, restons viscéralement optimistes. Que vive le livre ! Lisons, et relisons, pour mieux comprendre et ne jamais oublier.
Je profite de cet événement pour rappeler, devant madame Chabrol-Vacquié qui est également Présidente de la Compagnie des Ecrivains de Tarn-et-Garonne, que Lauzerte est une cité qui fait honneur aux livres et aux auteurs en organisant par sa Médiathèque intercommunale et en partenariat avec la librairie Le Scribe de Montauban, plusieurs fois par an, des rencontres littéraires, la prochaine aura lieu le 25 mai. Avec en point d’orgue de ce calendrier, un Festival littéraire nommé « Place aux nouvelles » programmé au mois de septembre. Cette année le 12 Septembre.
Passé, présent, avenir… Local, universel…
Vous le voyez, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Académiciens, vous tous ici présents, les conférences de l’Académie de Montauban s’inscrivent naturellement dans le paysage culturel lauzertin que nous nous employons à vivifier avec les personnes de bonne volonté qui nous accompagnent dans notre action et que je tiens à remercier pour leur efficacité et leur dévouement.
Marcel Proust avait raison quand il proclamait : « L’art est éternel ».
Le domaine culturel réunissant toutes les formes d’activités humaines créatrices doit l’être tout autant, d’un éternel vivant de et par la transmission des savoirs.
C’est notre intérêt pour la culture, la connaissance et le partage qui, grâce à vos interventions de ce jour, nous réunit à Lauzerte comme il a réuni hier nos anciens et comme je le souhaite il continuera à réunir les générations futures imprégnées d’esprit « carsinol », d’universalité et d’humanisme.
Je laisse la parole aux Académiciens…
Ne dit-on pas qu’ils sont, non pas éternels, mais immortels ?
A Lauzerte le Dimanche 16 Mai.




